Voyager à deux ou tout seul ? 


Partir tout seul fut de loin l’un de mes plus gros défis pour le voyage en Mongolie. Je ne regrette pas ce choix mais il m’a fallu bien plus de courage que je ne l’imaginais pour affronter les différents obstacles sur ma route.

Et pourtant, je me sentais prêt à repartir tout seul pour cette nouvelle  aventure. Mais alors pourquoi avoir changé d’avis ?

Clément je le connaissais d’un coup de fil passé pour l’aider. De fil en aiguille,  il m’a plus aidé que je n’ai pu le faire. Il est parti en Mars pour un job de dentiste en Guyanne et a envoyé son Vstrom avec le service que j’utiliserai par la suite.

Les problèmes intestinaux ne m’ayant pas laissés tranquille de tout l’été je n’étais pas tout à fait dans mon assiette. Ma décision de partir va être complètement lié à Clément. Est-il prêt à faire un bout de chemin à deux ? Au moins la traversée de l’Amazonie…

Au fil du temps, les choses se sont éclaircies et nous sommes partis à la conquête de cette forêt millénaire. Et à force d’aventure l’entente s’est installée. Nous sommes tous les deux autonommes mais rien ne nous a encore séparé. Au contraire d’ailleurs, mes problèmes mécaniques nous ont obligés à travailler en binôme. Et c’est justement cela l’aventure : Vivre et surmonter des galères. Grâce à lui (ou à cause de lui), nous nous sommes souvent égarés du chemin pour planter notre tente dans un coin perdu. Il a l’esprit fougueux alors que je reste souvent assez rationnel ce qui à juste dose nous permet de vivre des expériences sympathiques.

Voyager à deux c’est aussi avoir le luxe de se permettre des faiblesses. Au moment ou j’écris ces lignes je sors d’une grosse tourista. Et je peux vous garantir qu’avoir un copain qui va demander et chercher le remède auprès des grands-mères du village ça fait du bien. Il y a un mois sur les pentes du volcan Chachani il aurait pu, sans moi, tomber en hypothermie. Être deux c’est former une équipe dans les bons moments comme les autres.

De manière générale être deux c’est aussi partager les taches journalières, les décisions basiques et les plans de routes. J’avais ressenti cette difficulté à toujours prendre des décisions tout seul pendant mon premier voyage. Cette fois je laisse parfois les autres décider pour moi. Et ça fait du bien même si le résultat peut être surprenant.

Tout seul j’avais pu partager beaucoup de moment avec les locaux mais n’étant pas sur le même continent il est presque impossible de comparer. Ici en Amérique du Sud les gringos font beaucoup plus partie du paysage, parfois trop même. La seul grosse différence pour le moment c’est que tout seul j’ai plus rapidement appris la langue. Même si l’espagnol n’est pas difficile à comprendre je ne le parle pas très bien. Laissant souvent  cette tache à Clément qui l’a appris à l’école.

Ah oui, on nous prend, aussi souvent pour un couple ! Ben oui, ça fait deux mois et demi qu’on voyage ensemble, 24h sur 24, et on se sépare rarement. Pour payer moins cher d’hostel on prend parfois un lit double à la place de deux lits simples. Et il faut dire aussi qu’il y a une certaine complicité qui s’installe entre nous. On goutte le plat de l’autre dans les restaurants, on partage parfois une énorme pizza, on boit des jus de fruits délicieux et on se marre souvent. Bref, nombreux sont ceux qui nous on fait la blague de Brokeback Mountain et je pense que ce n’est pas fini !

Aujourd’hui, je compte sur moins que les doigts d’une main le nombre de personne avec qui je pourrais voyager comme ça. C’est le troisième grand voyage que je fais et pour le premier j’étais aussi parti avec des amis tout juste rencontrés. Je ne pourrai pas vous dire si je préfère être seul, à deux ou plus. Ce qui est sur c’est qu’il est toujours temps d’essayer, que vous vous sentiez assez courageux pour partir seul ou pas.

Mon seul avis c’est de faire comme vous le sentez !

Partir en voyage avec quelqu’un c’est se donner la chance de partager de bons moments mais il faut aussi s’attendre à ce que ça ne marche pas…


J’ai demandé à plusieurs amis de proposer un petit texte pour enrichir cette réflexion. Du coup depuis que j’ai écris ce texte je me suis évidemment séparer de Clément, pour partir avec Wout, pour finir tout seul, pour finalement retrouver Wout puis bientôt Clément ! Bref ce n’est pas le plus important. L’idée c’est que vous aussi vous participiez à cet article en donniez votre avis !

Du coup vous trouverez en commentaire la version d’Asie rider avec qui je discute très régulièrement. Lui voyage depuis bien plus longtemps et c’est une source de conseils inépuisable. Au passage un grand merci JB !

Un troisième texte de Une route de soi sera visible dès samedi sur http://www.viedemotard.fr/2017/01/21/voyager-moto-seul-ou-a-deux/

Alors vous qui lisez ces lignes, prenez quelques minutes pour nous partager vos expériences dans les commentaires !

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  One answer to “ Voyager à deux ou tout seul ?  ”

  1. Asie Rider

    Lorsque que Baptiste m’a demandé d’écrire un article sur le voyage a deux, je me suis tout de suite dit qu’il serait intéressant de comparer nos points de vues, qui j’en suis sur, seront légèrement différents.
    Jusqu’à présent, j’ai toujours voyagé seul. Non par choix mais tout simplement parce que je ne trouvais personne qui partageait les mêmes envies, de voyages, d’activités. Et comme je n’aime pas faire de compromis, je n’ai pas rendu la chose aisé. J’aime cette part de liberté qu’offre le voyage en solo, et j’ai souvent été bien content de partir seul. Et puis, il y a deux ans, lors d’un précédent voyage, j’ai fait la rencontre d’autres motards, avec qui je me suis tout de suite bien entendu. Nous avons partagé un bout de chemin, mais sans aucune contrainte. Nous allions tous dans la même direction, et n’avions en aucun cas prévu de voyager ensemble. Nous avions des itinéraires relativement semblables, mais pas identiques. Nous nous sommes donc quittés et retrouvés à plusieurs reprises. Chacun a pu faire son voyage idéal, selon ses envies. Quand je repense a ce voyage, il ne fait nul doute que la meilleure partie fut celle ou j’étais en compagnie de mes amis, et c’est surement ce qui m’a motive cette fois ci, a prendre la route en compagnie d’un ami.

    Je vais parler de ce que je connais, à savoir un long voyage, sur une longue distance et entre amis.
    Pour qu’un voyage à deux profite aussi bien a l’un qu’à l’autre, il faut je pense savoir voyager seul, et ne pas être dépendant l’un de l’autre, et être prêt à faire une partie du voyage seul. Deux personnes, deux personnalités forcement différentes, et des rêves aussi très différents. L’un peut être attiré par les grands déserts, l’autre part les forêts tropicales. Ce qui ne veux pas dire que le premier n’aime pas la forêt et le second les déserts… Mais viendra forcement, tôt ou tard, un choix de voir l’un ou l’autre. Quel que soit le choix d’itinéraire, l’un sera forcement lésé. Et pourquoi ? Ne serait-il pas plus simple de diviser l’itinéraire, voir chacun ce qui le fait le plus vibrer, puis se retrouver pour se raconter tout ça ? Il ne s’agit bien souvent que de quelques jours, le reste de l’itinéraire correspondant généralement aux deux. Sans parler des risques rencontres sur la route : maladies, blessures, accidents, pannes mécaniques. Certains incidents contraignent à rester plusieurs jours, voire semaines, bloque au même endroit. A deux, les probabilités sont doublées, évidement. Mais que se passe t-il, lorsqu’à cause d’une blessure ou d’une panne mécanique, l’un se retrouve bloqué 10 jours dans une ville sans intérêt, et obligé, faute de temps, d’écourter l’itinéraire et de manquer une visite qui pourtant semblait essentielle pour son compagnon ? Il ne s’agit pas, bien sur, de voyager et raisonner égoïstement, et d’abandonner son compagnon à la première difficulté sous prétexte d’une visite « immanquable ». Ça n’aurait pas de sens. Mais il faut je pense, respecter des règles de bon sens pour que chacun y trouve son compte, sans frustration. Par exemple, dernièrement, mon compagnon de route s’est tordu la cheville lors d’une chute. Apres avoir trouvé de la glace, puis fait un contrôle à l’hôpital le plus proche (200 km..), nous nous sommes installés dans une auberge de motards, avec a peu près tout à disposition (à manger, à boire et des motards très sympas pour passer de bonnes soirées). Aurais-je dû rester avec lui, à ne rien faire ? Dans quel but ? Il n’avait plus besoin de moi, seulement de repos. Nous en avions discuté auparavant, et n’étions pas d’accord sur le trajet des prochains jours. Je voulais retourner en Argentine avant de revenir au Chili, ce qui impliquait deux passages de frontières en l’espace de trois jours. Il préférait rester au Chili, prendre l’autoroute, et zapper toute une partie du parcours qui moi m’intéressait beaucoup. Au final, nous en avons parler et conclu que le mieux pour tous les deux était de nous séparer ici, et de se donner rendez vous dans quelques jours pour la suite du parcours. J’ai ainsi vu tout ce que je voulais voir, pendant que lui reposait sa cheville avant de me rejoindre par un autre chemin.

    Un autre aspect à prendre en compte : un bon équilibre dans la dynamique du groupe. Lorsque l’on voyage seul, on doit faire face a toutes les difficultés du quotidien seul. Si l’on ne parle pas la langue, on doit l’apprendre, au moins l’essentiel. On doit comprendre le pays, parler aux gens, s’impliquer ! A deux, c’est différent. Il est très facile de se reposer sur l’autre, surtout si celui ci a une forte personnalité. Et au final ne pas vivre son voyage complètement, et se laisser porter. Il faut savoir s’impliquer dans son voyage, et également s’effacer pour laisser la place a l’autre, afin de participer de manière plus ou moins égale et que chacun profite du voyage au mieux.

    Il est très difficile de trouver un bon compagnon de voyage, et même le meilleur ami peux devenir invivable après plusieurs semaines. Certaines personnalités s’accordent très bien, d’autres jamais. En règle générale, il faut toujours prévoir éventualité de voyager seul : faire son paquetage sans compter sur l’autre, pour parer au pire. On peut choisir de se séparer momentanément, on peut y être contraints (une panne au bord de la route!), ou devoir se séparer pour une raison évidente d’incompatibilité d’humeur… rien de pire que de se retrouver contraint et forcé de voyager avec son pire ennemi parce que c’est lui qui trimbale les outils et la tente !

    Beaucoup d’autres contraintes sont à prendre en compte, même si je n’ai pas le temps de les détailler ici, alors au final, on serait bien tentés de s’épargner tout cela, et de partir seul, non ?
    Et pourtant, on aurait bien tord.. car lorsqu’un duo fonctionne bien, le voyage prend tout son sens, on partage ses plaisirs, ses doutes, ses échecs, les bons moments et les coups durs, on se motive, on rigole, on s’énerve, on prend sur soit, on échange, on communique et on apprend. On apprend sur l’autre, mais aussi beaucoup sur soi, on en ressort tous deux meilleurs et enrichis de ce partage intense.
    J’apprécie toujours le voyage en solo, mais par courte période seulement, et suis toujours heureux (et non pas soulagé, la différence est grande!) de retrouver mon compagnon de route pour partager la suite du parcours !

  2. papyyam

    J’ai un ami depuis plus de 54 ans ,j’avais 16 ans lui , revenait d’algérie , il était l’ami de mon patron qui m’avait prit sous son aile ,C’etait comme ça dans les halles de paris .
    Je les suivait partout le weekend sur les routes ou nous faisions les fous sans contraintes sans radars .
    l’inconscience de la jeunesse …
    et depuis ce temps nous avons eu souvent l’occasion de nous prouver que nous êtions vraiment des amis , des frères presque.
    Hier encore je lui parlais au téléphone pour trouver un moment et partager une bonne bouffe sur un bon cru ..Quelqu’un a dit que l’amitié c’est l’amour sans le sexe …
    il a aujourd’hui 77 ans at moi 71 cette année .

Et vous vous en pensez quoi ?

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