La mont Huayna Potosi !


Où quand tu te lances dans une ascension de malade sans préparation !

Inutile de vous dire que je ne suis pas un grand trekkeur et encore moins un alpiniste. Mais vivre une expérience pareil au bout du monde est quelque chose d’inoubliable. On a déjà essayé avec le volcan Chachani sans guide et on a failli y laisser notre peau. Mais à force de persévérance on finit toujours par y arriver nan ?

Par contre cette fois-ci on partira avec une agence (y a quand même un glacier à grimper). Au final mes acolytes, Clément et Quentin (qu’on a rencontré à Arequipa) ont trouvé une agence qui nous propose l’ascension sur trois jours tout compris pour 850 bolivianos par personne (à diviser par 7 pour l’avoir en euro). Départ le lendemain matin à l’aube après avoir essayé l’équipement des années 80 qui nous servira pour les prochains jours.

Ensuite direction le premier campement départ à 9h tapante (enfin plutôt vers 11h en fait) où on aurait du s’entraîner avec les crampons ! Au lieu de ça on a passé l’aprem à jouer au carte à cause de la neige et de la fainéantise de nos guides. Le lendemain grimpette jusqu’au deuxième refuge, à pied cette fois. 500 m de dénivelé dans un désert de roche. La respiration commence à être difficile sur la fin, d’autant qu’on porte tout notre équipement pour la nuit et la marche sur le glacier.

Il m’aura fallu un peu plus d’une heure et demi pour y arriver. Là-haut c’est repos et maté de coca. La nuit va être courte. Les guides ont eu le temps de faire les équipes. Je marcherai avec Arthur car Clément et Quentin sont trop rapide pour mes courtes pattes. Départ à minuit après quelques heures de sommeil bien mérité.

Au petit matin le stress commence à se faire sentir. La neige tombe toujours dehors, les guides sont septiques… On part après les filles, les gars ayant pas bien compris comment mettre leur baudrier. Et voila, les premiers pas dans la neige, direction le sommet.

Mais pourquoi j’ai signé pour me faire souffrir ? Pourquoi marcher des heures dans la nuit pour je ne sais quel sommet ? Merde le stress commence à faire son effet. On commence tranquillement à marcher jusqu’à un point de rassemblement ou apparaît une belle pente rocheuse. Le guide nous attache : Arthur sera devant et moi juste derrière. Après une petite heure c’est le moment de mettre les crampons. Plus de rocher mais une belle neige toute blanche. Commence une ascension avec des inclinaisons variées.

J’ai une façon bizarre de marcher, Arthur avance plus lentement du coup je dois m’adapter, marcher, puis attendre que la corde se retende et ainsi de suite. Cela me va très bien au début puis au fur et à mesure je sens que j’ai besoin de plus de corde. Je demande au guide qui ne veut rien entendre. Redemande à la pause d’après mais rien n’y fait… Je commence à sentir que je m’énerve pour rien. Le mal d’altitude peut provoquer cet effet du coup j’essaye progressivement de me calmer.

On continue à marcher, on marche à peu près une heure entre chaque pause. La respiration commence à devenir difficile quand on arrive devant une belle parois de glace d’au moins 20 mètres de haut. Depuis le début les groupes nous doublent petit à petit. Il doit y avoir une dizaine de personnes devant nous avec assez d’avance pour nous permettre de deviner ce qui nous attend. Et parfois je préférerai ne pas savoir. Bref piolet dans la main droite, corde dans la gauche on avance lentement mais surement, au rythme des personnes qui sont devant nous. Les choses commencent à se corser sévèrement après…

Visiblement on nous entend arriver de loin ! On respire comme des ours affamés. Et lors des pauses où on retrouve les groupes de devant pour quelques temps on casse tout le silence de la montagne. Les marches se succèdent et le soleil commence à faire son apparition. On monte très lentement mais on avance toujours. Mes jambes commencent sérieusement à flancher. Vingt minutes plus tard, à 5800m, je craque complètement, je commence à pleurer en marchant, une fois, deux fois. Je veux pas laisser tomber mon coéquipier qui sent clairement que je fatigue… Je m’écroule complètement dans la neige, chiale une autre fois encore. Je sens que j’ai encore des forces mais je n’arrive pas à les utiliser. Rien n’y fait mon cerveau bloque. Arthur me regarde, ses yeux en disent long, il est à bout mais motivé à faire face. Et il va me partager sa motivation et me faire me relever avec l’aide du guide. Je lui dis : « c’est trop beau ici, moi ça me va ! » Mais pourquoi grimper tout ça pour s’arrêter au pied du sommet ? Regarde il est juste plus haut ! » En effet le sommet apparaît progressivement et ma motivation en même temps. Grâce à Arthur et quelques carrés de chocolat je vais trouver les forces et la motivation qui me manquaient pour grimper cette dernière pente. Une pente de pierres et de glace avec une inclinaison de presque 80 degrés, sur 150 m de dénivelé.

C’est finalement à quatre pattes que l’on va finir l’ascension, rampant, suant, respirant tel Dark Vador. Les 15 derniers mètres nous prendrons presque 15 minutes. Dire qu’au début il nous prenait 15 secondes. L’altitude rallonge le temps visiblement…

Le paysage est sublime, au dessus des nuages. On aperçoit le lac Titicaca au loin, et même le début de l’Amazonie.

On restera au sommet pendant 15 minutes, à peine assez de temps pour reprendre notre souffle mais bien assez pour savourer l’instant !

Pour la descente je retrouverai progressivement des forces. Arthur lui trébuchera souvent. On descend en skiant à moitié, on dépasse la ligne des nuages. On repasse le mur de glace. Le mur de roche. Puis on arrive au chalet. On nous accorde une heure de repos pour faire notre sac, boire du maté de coca avant de continuer la descente vers le premier chalet. Ce sera la plus pénible pour moi. Le sac est lourd, mes chevilles prennent les coups. Puis je remarque que je ne sens plus mes mains. Elles sont rouge, le sang ne circule plus dans mes bras à cause des sangles de mon sac à dos. Je les montre à Santos qui me dit : « il reste 15 minutes de marche ». Bon ok, oublions, au point ou j’en suis ça devrait le faire !

Les dernières marchent sont douloureuses mais on y est arrivé, pfiou !

Et vous vous en pensez quoi ?

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